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Le Parisien – La nuit où John Galliano s’est fait voler une photo de Marilyn Monroe

Pour avoir délesté le couturier britannique et un couple de riches américains de plusieurs œuvres d’art, en 2017 à Paris, trois hommes seront jugés en octobre. Des vols audacieux commis par une équipe de pieds-nickelés.

Il y a d’abord le bruit sec d’un volet qui claque. Puis cette lumière qui filtre sous le pas de la porte, laissant apparaître des ombres qui se déplacent. Lorsqu’ils se réveillent en sursaut, ce 3 juin 2017, vers 3h30 du matin, John Galliano et son compagnon comprennent qu’ils ne sont plus seuls dans leur appartement cossu du IIIe arrondissement de Paris. Le temps pour le couple de prévenir la police par SMS au 112, il est déjà trop tard : les voleurs sont repartis avec 300 euros en liquide, des sacs Prada, un portefeuille et surtout… une photographie de Marilyn Monroe, tirée de la dernière séance accordée par l’actrice américaine six semaines avant sa mort ! Réalisé par le photographe Bert Stern, le cliché est estimé à 9000 euros.

Un an plus tard, trois suspects, rapidement identifiés, sont renvoyés en procès. Âgés de 25 à 32 ans, connus des services de police, ils seront jugés le 8 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris pour le cambriolage du couturier britannique ainsi que celui d’un couple de riches Américains, survenu un mois plus tard dans le même quartier chic du centre de Paris. L’enquête, menée par le 1er district de la police judiciaire parisienne, a permis de lever le voile sur le mode opératoire du trio – aussi audacieux que maladroit -, mais pas de retrouver le butin.

Une silhouette se saisit de deux cadres

Cette nuit du 3 août, deux voleurs débarquent en Renault Scénic devant le domicile de John Galliano et rejoignent un troisième complice, chargé de faire le guet. Voilà vingt ans que le fantasque styliste – célèbre pour ses créations chez Dior – vit dans cette imposante demeure, cachée des regards par une haute enceinte, au cœur du Marais. Dans la cour de l’immeuble, l’un des suspects passe par une fenêtre située dans les parties communes, se faufile jusque chez le couturier et brise une vitre. « Personnellement, je dormais. Mon compagnon a entendu le bruit de verre brisé. […] J’ai entendu notre chien aboyer à 3h18 », relatera John Galliano aux enquêteurs, troublé par un appel à l’interphone, deux heures plus tôt.

Là, une silhouette se saisit de deux cadres, dont la photographie de Marilyn Monroe ainsi que d’un sac à main, transmis à un complice par la fenêtre. Mais dans la précipitation, un autre cadre lui glisse des mains et… s’écrase au sol. Il s’agit d’une lithographie de Picasso, seul objet dérobé que les policiers ont pu retrouver. Paniqué par le raffut, le trio s’enfuit en passant par le parking.

Un mois plus tard, le 14 juillet, un vol similaire a lieu à 200 mètres de chez John Galliano. Il est 2 heures du matin lorsqu’un riche Américain s’assoupit sur son canapé en regardant la télévision. Lorsqu’il est réveillé par un «bruit de porte », il est déjà trop tard : son appartement a été mis à sac. Les images de ses caméras de surveillance montrent trois individus, faisant tranquillement le tour de la victime endormie, dérobant cinq natures mortes, de la tapisserie ainsi que deux statuettes de chiens en bronze de la dynastie Ming. Préjudice : 8000 euros.

La police identifie les voleurs

Les enquêteurs du 1er district de la police judiciaire n’ont aucun mal à identifier trois des voleurs : Yacine L. et Rabah R., deux amis de collège domiciliés à Meudon (Hauts-de-Seine), ainsi que Tarik H., un Parisien présenté comme le responsable « de l’encadrement et l’écoulement du vol ». Les analyses téléphoniques montrent qu’ils se trouvaient non loin du domicile des victimes au moment des cambriolages et révèlent des déplacements communs. En outre, Tarik H. a laissé son ADN sur le tableau de Picasso et a été reconnu par le compagnon de John Galliano comme étant l’homme l’ayant abordé, en mars 2017, en lui demandant s’il était bien le célèbre couturier…

Selon l’analyse de sa ligne téléphonique, Tarik H., déjà condamné à 16 reprises, s’est rendu 12 fois, ce mois-là, devant chez le styliste. Il a aussi été reconnu par le gardien de l’immeuble du couple d’Américains : le suspect s’était apparemment présenté comme un ouvrier « travaillant sur un chantier de rénovation du domicile de Jean-Paul Gaultier ».

Pas de nouvelles de la photo de Marilyn Monroe

En garde à vue, le trio passe rapidement aux aveux. « Le boulot était pas propre », admet d’ailleurs Rabah R., qui dit avoir appris, a posteriori, qu’il avait cambriolé « un mec avec des cheveux longs ». Le voleur, comme son ami Yacine L., affirme ignorer ce qu’est devenue la photo de Marilyn. « Tarik nous a dit que le tableau avait perdu de sa valeur et qu’il n’y avait aucun acheteur. […] On n’a jamais revu le tableau ni l’argent », déplore Yacine L. devant les policiers. L’intéressé, lui, accuse ses complices d’avoir un temps stocké l’œuvre « dans un box à Meudon » en vue de « le rendre ».

« Depuis cette affaire, mes clients ne se sentent plus en sécurité, regrette Me Sahand Saber, avocat du couple d’Américains. D’autant qu’un quatrième voleur [repéré dehors grâce à une caméra de surveillance, NDLR]n’a jamais été arrêté. Les suspects sont des individus qui ont une connaissance de l’art, capables d’écouler rapidement leur butin. » John Galliano et son compagnon, eux, ne se sont pas constitué parties civiles.

Sollicités, les avocats de Yacine L. et Rabah R. n’ont pas souhaité faire de commentaires ou n’étaient pas joignables. « Je plaiderai l’indulgence, réagit, quant à lui, le conseil de Tarik H., Me. Étienne Lesage. Mon client est un voleur gentleman qui s’attaque aux biens, pas aux personnes. »

21 août 2018 – Éric Pelletier et Jérémie Pham-Lê

Publié dans: General Criminal Law
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